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RELATIONS SEXUELLES POUR HANDICAPES

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AVEC UN HANDICAP, A QUI S’ADRESSER

POUR UNE RELATION SEXUELLE OU TENDRE, MOYENNANT FINANCE ?

Comment répondre à toutes ces personnes handicapées, habituellement

des hommes qui me sollicitent directement ou par l’intermédiaire d’un

proche pour savoir comment rencontrer une prostituée qui accepterait de

coucher avec eux ? Voici quelques demandent qui me sont faite.

Un homme âgé de 55 ans est brutalement devenu hémiplégique et privé

de la parole depuis 5 ans à cause d’un accident vasculaire cérébral. Ses

besoins sexuels monopolisent ses pensées et son fils de 20 ans est en quête de

lui trouver une prostituée. Tour à tour, il demande à des prostituées si elles

accepteraient d’aller avec son père hémiplégique, aphasique, en fauteuil

roulant. Aucune prostituée n’accepte. Elles prétextent qu’il ne pourra pas

monter à l’étage, qu’il pourrait mourir pendant l’acte, qu’elles n’ont pas

l’habitude.

Un jeune homme de 26 ans, atteint de myopathie, se déplace en fauteuil

roulant électrique. Il bouge faiblement la tête et sa main droite. Il me confie :

« Je voudrais rencontrer une femme. Je n’ai jamais fait l’amour, je voudrais

savoir ce que c’est qu’une relation sexuelle avant de mourir. »

Un homme IMC, se masturbe compulsivement à plusieurs reprises dans la

journée. A l’examen, sa verge douloureuse est rouge, parsemée de croûtes,

le gland bouffi est violacé. Sa souffrance psychologie s’est répercutée

cruellement sur son sexe qu’il masturbe compulsivement pour calmer son

désir de rencontrer une femme.

Comment aider ce jeune qui demande à son infirmière de le masturber

parce qu’il ne peut même pas le faire lui-même ? Et que dire à cette

infirmière désemparée et indécise ?

Comment répondre à cette mère qui, honteuse, m’avoue en sanglotant

ne plus en pouvoir de masturber régulièrement son fils de 25 ans, depuis

plusieurs années déjà, pour « lui offrir des moments de bonheur »…

En revanche, certaines personnes dépendantes ne réclament pas de

partenaire sexuel. Surtout, laissons les en paix. Il n’y a pas de norme à faire ou

ne pas faire l’amour pour être bien dans sa vie. Après des années de refus ou

de déni de la sexualité chez les personnes handicapées, on n’a pas le droit

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maintenant de vouloir imposer le sexe comme une norme d’épanouissement.

Entre-nous, ceci est aussi valable pour les personnes valides.

Les résidants en ont assez des discours théoriques institutionnels, qui retardent

ou interdisent toute rencontre avec une prostituée.

Les médicaments antihormonaux ou sédatifs pour abattre le désir sont encore

trop souvent utilisés. Ils laissent les individus avachis et hagards permettant de

comprendre cette expression punitive de « camisole chimique ».

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MASSAGES, THALASSOTHERAPIE, CURE THERMALE

On s’aperçoit parmi ceux qui demandent à voir une prostituée qu’ils sont en

fait en demande d’affection, voire d’amour et qu’ils souffrent souvent d’une

extrême solitude et qu’ils ne sont absolument pas informés sur la sexualité.

Pouvoir, avec leur accord, faire une information sur la sexualité et leur

expliquer comment réagit leur corps, les rassure.

Les séances de massages, une thalassothérapie ou une cure thermale (cette

dernière étant prise en charge par la sécurité sociale) peuvent permettre de

retrouver des sensations agréables dans tout le corps. Une paralysie fait

perdre les sensations corporelles, la douleur chronique, les interventions

chirurgicales, les escarres meurtrissent le corps, la honte de montrer ses

cicatrices, son corps déformé, ses membres rétractés, monopolise l’individu et

l’empêche de vivre. Le massage permet de retrouver une unité dans son

corps. Il le rend épanoui, serein, délassé. Enfin, pour certains, le massage

calme les désirs sexuels en apportant le bien-être qu’il leur manquait. Les

autres, mieux dans leur tête et dans leur corps vont désirer aller plus loin.

.

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LA LOI et LES PROFESSIONNELS

Que dit la loi pour une intervention à caractère sexuel d’un professionnel de

l’institution, d’un parent, d’un directeur ou d’un professeur ?

Code pénal partie législative : Art 222-28,29,30 ; Art 22-25,27,22

Est punissable de prison et d’amende, toute personne ayant autorité (parent,

grand-parent, oncle, directeur d’institution, professionnel d’établissement) qui

avec ou sans accord de la personne handicapée (personne vulnérable)

effectuerait ou demanderait d’effectuer sur lui-même un acte sexué

(masturbation, fellation, attouchement, relation sexuelle). C’est abuser de

l’autorité que lui confère ses fonctions..

La peine encourue pour une personne ayant autorité ayant, par exemple,

masturbé une personne vulnérable (dans ce cas, handicapée) est de 5 à 10

ans de prison et 75 000 à 150 000 euros d’amende.

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LOI ET PROSTITUTION

Si le résidant veut voir une prostituée, il a le droit de le faire. La loi en

France, autorise à conduire un résidant adulte handicapé d’une institution,

auprès d’une prostituée. On peut négocier le tarif si besoin. Le personnel

l’amène et la ramène, c’est de l’ordre du véhiculage.

La prostituée peut se rendre dans la chambre du résidant au sein de

l’institution. C’est un lieu privé. L’accord du directeur d’établissement est

recommandé pour éviter les conflits dans l’institution, mais ce n’est pas

obligatoire vis à vis de la loi.

La personne sous tutelle n’a pas besoin d’informer son tuteur ou ses

parents pour faire appel à une prostituée. Il n’y a pas de pouvoir des parents

sur la vie privée d’un adulte même sous tutelle. La personne handicapée n’a

de compte à rendre à personne, c’est son argent de poche qui est utilisé.

FAIRE APPEL A UNE PROSTITUEE

Il semble relativement facile de conseiller d’aller voir une prostituée. Mais on

va se heurter alors à plusieurs problèmes.

En général, il est nécessaire de demander à une dizaine de prostituée

pour obtenir un accord, quand la personne est simplement sur un fauteuil

roulant manuel. Il faudra en solliciter le double ou plus dès qu’il existe une

trachéotomie, un fauteuil électrique, un surpoids, un écoulement de salive,

des tremblements importants… Ces femmes ont peur et ne savent comment

s’y prendre.

A la période de ces échec, c’est bien d’expliquer à la personne handicapée

que si les prostituées refusent d’aller avec eux c’est par méconnaissance du

handicap et non à cause de leur personnalité.. Ce n’est pas eux qu’elles

rejettent mais elles ne savent pas comment déshabiller et rhabiller la

personne sans lui faire du mal. Combien de temps cela va-t-il prendre ? Les

difficultés respiratoires les inquiète beaucoup se sachant que faire en cas

d’ennui.

Prisonnière du temps pour gagner leur vie, elles risquent de lancer des

mots blessant comme « C’est bientôt fini ? », « Dépêche, j’ai pas qu’ça à

faire », et ne sont pas adaptée à la lenteur induite par le handicap.

Sans préservatif, le risque de transmission de SIDA, Hépatite, Syphilis et

autres maladies sexuellement transmissibles est important.

Certaines prostituées mal intentionnées rajoutent un zéro sur le chèque

après l’avoir rempli, détroussent ou maltraitent leur faible client. La présence

d’un tiers, pas loin, semble indispensable.

Elles se déplacent très rarement au domicile ou en institution.

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Ces quelques points montrent la difficulté à rencontrer une prostituée qui

convienne à une personne handicapée. Heureusement, certaines ne sont

pas inquiétées par le handicap, elles s’adaptent à ces rencontres et ne

précipitent pas l’acte sexuel. Une fois cette perle rare rencontrée, on

conseille de conserver précieusement ses coordonnés.

LES ASSISTANTS SEXUELS

Il existe en Hollande, au Danemark, en Allemagne et maintenant en Suisse

des assistants et assistantes sexuelles. Selon les pays, fellation ou pénétration

sont ou non autorisés. En Hollande, l’assurance maladie rembourse leurs

prestations à raison de deux séances par mois.

Quelles différences entre prostituée de ville et assistants sexuels ?

En Allemagne, la chaîne de télévision SW3, a diffusé une scène

d’accompagnement sensuel, caresse, massage, baiser sur la bouche,

conduite de la main pour permettre de toucher les seins, le corps de cette

femme attentive aux réactions de l’homme jeune, ancien footballeur,

actuellement terrassé par la SEP. Tout respire l’harmonie. On peut se

demander alors pourquoi tant d’aversion pour le travail de ces personnes ?

L’avantage des assistants sexuels sur les prostituées de ville. Comment se

passe les rencontre ?

.

Les assistants sont répertoriés sur une liste remise aux personnes

handicapées, ce qui est rassurant. Les règles et statuts de l’association sont

expliqués clairement au préalable pour éviter toute confusion. Les limites

sexuelles sont indiquées (fellation ou pas, coït ou non). La rémunération reste

correcte. Les relations entre les deux partenaires sont d’égal à égal. Ici, il

existe peu de risque d’agression corporelle, financière ou de brimades

psychologiques

Ces assistants sont formés a être moins directs que les prostituées, a

consacrer du temps à l’autre. Les caresses peuvent être douces, tendre,

sensuelle englobant la totalité du corps. Elles permettent de se construire ou

se reconstruire au-delà de la souffrance corporelle, des malformations, des

amputations. Les massages se vivent au travers d’une huile essentielle

parfumée. Une atmosphère paisible est crée avec des bougies, de l’encens,

de la musique afin d’éveiller tous les sens à ce moment de plaisir, d’échange,

de douceur et d’affection.

A partir de la deuxième rencontre, une relation amicale s’installe

permettant une meilleure mise en confiance et un échange affiné.

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Ces assistants sexuels sont formés à manipuler une personne dépendante

sans lui déclencher de douleur. Ils n’ont pas de crainte à habiller, déshabiller

et à toucher des corps abîmés.

Ils ont une obligation de suivie médical afin de ne pas transmettre de

maladies sexuellement transmissibles

Après l’acte, ils savent remettre le pénilex en place et le recoller.

Si certaines personnes s’auto mutilent lors de la masturbation. L’assistant va

apprendre à l’intéressé comment se caresser le pénis ou le clitoris pour

atteindre l’orgasme sans se blesser.

La prostitution existe de puis la nuit des temps. Pourquoi la refuser à ceux qui

ne peuvent se déplacer seul ? La formation de ces assistants sexuels est une

aubaine, car ils apportent un réconfort et une sécurité supérieurs aux services

d’une prostituée. Leur métier n’est pas facile et peu de personnes sont prêtes

à le faire.

Combien de temps faudra-t-il pour créer l’équivalent dans d’autres pays ?

Mais surtout combien de temps supplémentaire faudra-t-il attendre pour que

les institutions osent faire appels à eux ? Les responsables d’établissements

sont effrayés à l’idée qu’un premier accord engendre une débandade

sexuelle in maîtrisable de tous les résidants. La mise en place d’une sorte de

charte pourrait, en cadrant la venue de l’assistant sexuel, apaiser cette peur

de la débauche généralisée.

Si l’on considère certaines personnes handicapées mentales (mongoliens,

handicapés mentaux profonds, polyhandicapés…). Ils ne peuvent pas

comprendre que l’échange sexuel se fasse contre de l’argent. Ils peuvent

être traumatisés ou à l’inverse vouloir tripoter tous les passants. Laissons les

tranquille. Les pousser à la relation sexuelle peut provoquer des manques

(comment expliquer que cette prestation de service n’était pas de l’amour ?)

Ou des angoisses intenses chez les personnes autistes qui se satisfont

habituellement d’une masturbation rituelle et qui deviennent déstructurés par

cette relation à deux ?

Certains méprisent ces relation parce que l’amour n’est pas présent mais y

est-il dans ces relations sexuelles éphémères à l’intérieur ou au sortir d’une

boite de nuit ?

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EN CONCLUSION

L’ASSISTANCE EST-ELLE DE LA PROSTITUTION ?

L’assistance sexuelle est un échange de sensualité ou de sexualité contre de

l’argent. Par définition, c’est de la prostitution mais pas la forme pure et crue

habituelle. C’est une forme tendre, ou de la "prostitution tendresse". C’est

davantage qu’un échange de sexe contre de l’argent.. C’est un don de soi,

un don d’amour pour réveiller des corps oubliés dans leur douleur, qui

n’existent qu‘au travers de soins médicaux réguliers et qui vivent le plus

souvent dans une extrême solitude.

A combien d’euros peut-on évaluer le fait de transmettre autant de bonheur

en venant discuter, en considérant la personne comme un individu, en

caressant tendrement la totalité son corps sans montrer ni peur, ni dégoût, en

prenant dans les bras son corps meurtris ? On est au-delà des considérations

monétaires. Offrir ce bien-être, aucun médecin, infirmière ou professionnel du

soin ne peut le faire, d’autant que la loi l’interdit.

Valide et autonome, on fait ce qu’on veut sans rien demander à

personne. Combien d’hommes vont voir ces « dames » en cachettes de

l’entourage et surtout de leur femme ? Mais pour une personne handicapée,

il faut l’accord des éducateurs, de la direction, d’une personne pour la

véhiculer, tout le monde le sait, en parle, commente...

Qui sommes-nous pour avoir le droit de juger de ce qui est bien pour

les autres quand ils ont toutes leur tête ?

Les fractures de la vie font réfléchir et changer ses convictions. Parler

de certains sujets sans être concerné est aisé. Ecoutez les hommes parler

d’avortement, de viol, et les femmes du cancer de la prostate ou des

testicules. A entendre ces hommes et ces femmes, ces épreuves ne sont pas

si grave que ça et même on entend parfois que c’est une bonne leçon qui

fera du bien !

A la suite d’une tumeur, d’un accident ou d’une maladie tout peut basculer.

Chacun de nous peut être concerné. Bloqué dans un lit, on ne peut que

subir. On nous donne à manger, on nous nous gratte le nez, on nous fait les

pansements, on nous lave le derrière. Durant toutes ces heures du jour et de

la nuit, on reste dans une solitude effroyable. On se croit fini et on pense sans

cesse. Et on croit intensément qu’on ne sera plus jamais aimé d’amour.

Comment trouver le courage de vivre ? Il est possible qu’alors on veuille

payer quelqu’un pour être pris tendrement dans les bras, recevoir de

l’affection, poser sa tête dans le creux d’une épaule accueillante et se laisser

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aller à sangloter tellement on avait besoin de ce tendre contact pour

affronter le quotidien et l’avenir.

C’est le rêve qui me tourmentait pendant ces longs mois alitée à plat dos

dans ma chambre d’hôpital. Le manque d’amour et de geste tendre ont

étés terribles. Comment affronter mon avenir en fauteuil ? Comment

rencontrer quelqu’un dans cet état ? La solitude affective m’écrasait, mais

dans ce monde impersonnel, il n’y avait personne pour me serrer très fort

contre son coeur en me disant des mots tendres, même en échange d’un

peu d’argent…

Dr Bernadette SOULIER : « Aimer au-delà du handicap. Vie affective et

sexualité du paraplégique » Ed DUNOD, 2°Ed 2001, 212 p. En librairie.

Dr Bernadette SOULIER : «Un amour comme tant d’autres ? Handicaps

moteurs et sexualité » Ed APF (Association des Paralysés de France), 2001, 290

p. Se commande uniquement a l’APF, 17 Bd Auguste Blanqui, 75013 PARIS

Date : 18 octobre 2006-11-20

Auteur : Docteur Bernadette Soulier

Médecin Sexologue, spécialiste du Handicap (France)

Responsable de l’Association Socialiste de la Personne Handicapée :

Gisèle Marlière

Secrétaire nationale



12/09/2010
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